Copie d’une église de Verdun dédiée elle aussi à Saint Amant, elle a été édifiée à la fin du XVIIIe siècle pour remplacer un édifice plus ancien menaçant ruine. Le curé Nicolas Lataye demandait dès 1745 des réparations urgentes, voire sa reconstruction. La communauté des habitants (408 communiants), a financé cette construction par une opération exceptionnelle : en 1773, elle a procédé à la vente des arbres du « quart en réserve » de sa forêt de 150 ha environ.

L’architecte Gabriel Trichot, meusien de Trémont-sur-Saulx près de Bar-le-Duc, s’est inspiré d’éléments architecturaux classiques de style roman. La face nord, le clocher et les soubassements sont en gaize, la pierre locale, sorte de grès.

Une plaque de plomb trouvée dans les soubassements du chœur rappelle que la première pierre de l’édifice a été bénite le 20 avril 1773 par Claude André, curé de Rarécourt, et qu’elle a été posée par Henry-Avit Rémy, maire-juge et Rémy Husson, procureur-syndic des habitants. Ceux-ci jouissaient de droits peu ordinaires. Rarécourt était une sorte de principauté en Royaume de France, où les habitants se gouvernaient eux-mêmes et étaient exemptés des impôts du Royaume.

 

LES VITRAUX

Ils sont l’œuvre d’ateliers de la proximité géographique. L’ensemble des vitraux de l’église, datés de 1902, est attribué à l’atelier Etienne et Mouilleron, peintres verriers à Bar-le-Duc.

Une exception se détache cependant, un vitrail de l’Atelier Benoît à Nancy, daté de 1939, (deuxième à gauche en partant du chœur).

Les vitraux du début du XXe siècle sont d’inspiration néogothique, fort prisée à cette époque. Tous ces vitraux ne sont pas figuratifs. Certains portent simplement un décor géométrique. Les thématiques des scènes centrales des vitraux figuratifs ont pour thèmes des épisodes assez classiques des évangiles ou de l’histoire sainte : la présentation de Jésus au Temple, l’adoration des bergers, la vision de Saint Dominique et, sujet familier en Lorraine, Saint Nicolas ressuscitant trois enfants mis au saloir par un boucher assassin.

La scène centrale du vitrail le plus récent est entourée d’un décor Art Déco typique de l’évolution artistique de cette période. Elle représente le miracle de Saint Joseph. Cet hommage au “saint patron de la bonne mort” a été financé par un donateur discret dont figurent uniquement les initiales M. V.

Jacques Benoit, Maître verrier de l’Ecole de Nancy (Art nouveau), fut associé à Georges Janin de 1912 à 1921, date à laquelle il créa son propre atelier. Ils se séparèrent d’un commun accord pour faire face à l’afux de commandes post-Première Guerre. Il réalisa des vitraux très variés, de style comme de techniques, pour les édifices religieux comme civils. Il a beaucoup travaillé en Meuse et dans le doyenné de Vouziers, Il est décédé en 1936. Son atelier, repris par ses fils, a fonctionné jusque 1969.

 

ON PEUT AUSSI DÉCOUVRIR DANS L’ÉGLISE

– la poutre de gloire, aux courbes inspirées du style baroque. Elle marque la délimitation du chœur. Fréquentes dans les églises lorraines, peu d’entre elles ont été conservées.

– le maître-autel en bois polychrome et doré et pierre et le retable. Datés du début du XVIIIe siècle, ils proviendraient de l’ancienne abbaye de Beaulieu. Le retable représente la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres. L’antependium, mot latin qui désigne le devant de l’autel, est orné d’un tableau représentant l’adoration de l’agneau mystique et les sept sacrements.

– le coffre de fabrique, daté de 1776, est en bois de chêne. C’est le seul coffre de fabrique encastré répertorié en Meuse. La « fabrique » était l’organe chargé de la gestion financière de l’église. Trois personnes faisaient partie du conseil de fabrique : le curé, un marguillier et un receveur. La présence simultanée des trois membres du conseil était nécessaire pour ouvrir les trois serrures du coffre, dont la taille témoigne de la prospérité du village au XVIIIe siècle.

– l’orgue de tribune, racheté par la paroisse, est une des rares pièces qui subsiste de l’abbaye de Beaulieu, démantelée à la Révolution .Il a une excellente sonorité. Il a été restauré en 1884 par le facteur d’orgues suisse Jean Blési, installé à Nancy. On compte 786 tuyaux dont certains sont d’origine. La partie centrale du grand corps, en bois de chêne avec ses trois tourelles, serait aussi d’origine. Le buffet a été inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1991. C’est l’un des 26 orgues de Meuse protégés à ce titre.

– la petite statue de Saint Christophe, en pierre de taille, située à gauche de la nef, est datée du XVIIIe s. et provient de la chapelle de l’ermitage dédié au saint à Gilincourt.

– le chemin de croix monumental avec ses encadrements en trompe-l’œil.

 

ET DANS LE VILLAGE :

– La Maison-forte de La Vallée, du domaine de la Vallée-Pimodan, date des XVIIe et XVIIIe siècles. Son propriétaire actuel y a créé un musée de la faïence d’Argonne, riche également de souvenirs historiques et d’une collection d’objets familiers.

– Le four à faïence, de la faïencerie Vercollier, fermée en 1853, est le seul subsistant de cette industrie prospère en Argonne. Il est abrité dans ce qui est maintenant un hangar agricole appelé à restauration, situé 1, rue de la Grande-Voie.

– Le moulin à coquins, unique témoin en Meuse d’une industrie florissante. L’existence d’un moulin et du bief sur l’Aire, sont attestés avant le 15e siècle. Ce moulin à céréales a été rasé puis rebâti en 1856-1858 puis modifié vers 1870 pour moudre les coquins (nodules de phosphate de chaux extraits des terrains environnants pour le commerce des engrais). Sa roue à aubes pèse 12 tonnes.

– Les bancs des accusés, en pierre, du XVIIIe siècle, 2 rue Basse, où, jusqu’à la Révolution, était rendue la justice (la «haute justice» par l’évêque de Verdun, la «basse et moyenne justice» par douze notables élus de Rarécourt).

– De nombreuses maisons de caractère, en pierre de taille, notamment l’imposante maison carrée, 11 rue de la Lorraine, du XVIIIe s.

– La mairie-école, de 1849. Le village avait alors 900 habitants.

 

Sources :

Marianne Amory pour le repérage du site et des vitraux

– Articles : «Sortie culturelle en Argonne meusienne, ..Rarécourt», Daniel et Catherine Hochedez-Schuster, Horizons d’Argonne n° 93, 2016

– «Aux origines médiévales de Rarécourt», Jean-Pol Evrard, Horizons d’Argonne n° 97, 2020 – Patrimoine des communes de la Meuse, Ed. Flohic, 1999