Une chapelle est construite en 1732 aux frais de M. de Broglie, abbé comandataire de l’abbaye. Avant 1790, elle est desservie par les abbés de la communauté monastique, ce qui explique l’absence de presbytère. Après la Révolution, la paroisse devient indépendante et annexe de celle du Neufour. La chapelle, transformée en église paroissiale dédiée à Saint Charles Borromée, connaît une première restauration en 1892. Le projet d’agrandissement, dessiné par l’architecte J. Médard de Verdun n’a pas été réalisé (cf plan du 28 février 1891 revu le 13 juillet).

De nombreuses églises argonnaises étaient édifiées en pans de bois et torchis. C’est l’une des rares à être conservée. Sa voute est en forme de coque de bateau. Elle fut fortement endommagée pendant la Grande Guerre puis restaurée. Elle était entourée d’un cimetière jusque 1922.

Au chevet de l’église, quatre magnifiques ormes classés, de plus de 25 mètres de hauteur, attaqués par la graphiose, maladie qui a attaqué la plupart des ormes de France, durent être abattus dans les années 80. Ils auraient été plantés avant la Révolution.

 

LES VITRAUX

Les six verrières de la nef avaient été pourvues de vitraux donnés par des bienfaiteurs, et réalisés en grisaille avec médaillons, de 1892 à 1898. En 1932, ces vitraux sont restaurés par le maître vitrailliste Joseph Benoît de Nancy. Il remplace alors les grisailles entourant les médaillons « scène » par des mosaïques de couleurs délicates, d’inspiration clairement Art Déco.

En entrant, sur votre droite, vous rencontrez :
– Saint Georges distribuant ses biens aux pauvres (1896)
– Saint Charles Borromée et les pestiférés (1893) offert par la paroisse et son curé
– Mort de Saint Joseph (1893) en mémoire de Henri Chenet (tuilier et père de l’archéologue Georges Chenet)

Sur votre gauche
– Saint Jean baptisant Notre-Seigneur (1898) don de Jean Baptiste Bonhomme
– Sainte Catherine devant l’empereur Maximin (1892) don de Madame Antoine
– Apparition de Notre Dame de Lourdes (1893) offert par le Commandant Soyez en mémoire de son épouse

 

Joseph Benoît (1871-1939)

Maître verrier de l’Ecole de Nancy (Art nouveau), il est associé à Georges Janin de 1912 à 1921, date à laquelle il crée son propre atelier. Les deux vitraillistes se séparent d’un commun accord pour faire face à l’afflux de commandes de la reconstruction après la Grande Guerre. Il réalise des vitraux très variés, de style comme de techniques, pour des édifices religieux comme civils.

Malheureusement, beaucoup de ses vitraux furent détruits lors de la 2ème Guerre mondiale. Il a beaucoup travaillé dans le doyenné de Vouziers, réalisé les vitraux de l’église de Neuvilly-en-Argonne et, à proximité, le vitrail commémoratif de l’église du Neufour.

 

DANS L’ÉGLISE

Le maître-autel en pierre a été acheté en 1892 par l’abbé Roger.
Vous pouvez remarquer derrière l’autel un grand Christ en croix, en bois polychrome du XVIIIe siècle. Il a probablement été offert en ex-voto par la famille Cahierre après la Première Guerre mondiale, comme en témoigne la plaque commémorative apposée au pied : «À la mémoire du Commandant Isidore Cahierre du 91ème Régiment d’infanterie, tombé glorieusement en commandant sa compagnie le 13 juillet 1915 à la Haute-Chevauchée – Argonne, inhumé à la Maison Forestière». Isidore Cahierre était né au Havre (Seine Maritime) et est mort au combat sur le plateau de Bolante.
De part et d’autre du chœur, toutes deux en bois sculpté, une statue de la Vierge et une statue du saint patron de l’église, Charles Borromée, placées dans l’église depuis environ 1830. Vous pouvez aussi découvrir une statue de «L’Enfant Jésus de Prague», qui faisait, au XIXe siècle, l’objet d’une dévotion particulière en Belgique et dans l’Est de la France.

Les bancs, en chêne foncé, sont de style typiquement lorrain. Patrimoine non religieux, un ancien poêle Godin est resté, fleuron du savoir-faire réputé de l’usine créée à Guise (Aisne) par Jean-Baptiste Godin, industriel inspiré par le socialisme utopique. Le clocheton qui surplombe la façade abrite deux cloches ; la grosse (Adrienne-Hippolyte), bénite en 1901 sans parrain ni marraine, fêlée, fut refondue en 1913, puis, à nouveau fêlée, refaite en 1924. La plus petite, de 1660, fut donnée ou provient de l’abbaye de Beaulieu. Elle porte, entre autres, cette inscription : SUMPTIBUS CONVENTUS St MAURITU DE BELLOLOCO et un médaillon avec les armes de l’abbaye.

 

Sources: Pouillé du Diocèse de Verdun – Inventaire général des paroisses du diocèse de Verdun et son appendice confidentiel, 1902- Patrimoine des communes de la Meuse, Ed. Flohic, 1999.