Anciennement Notre-Dame des Marais, l’église de Hans prend le titre de Notre-Dame du Soldat en octobre 1889, après approbation par le Pape Léon XIII du projet soumis par Monseigneur Sourrieu, évêque de Châlons-sur-Marne. L’église est classée au titre des Monuments Historiques depuis 1943.

Le bâtiment actuel de l’église de Hans date du début du XIIIe siècle. Une charte épiscopale constate que l’église de Hans vient d’être reconstruite en 1206. Elle appartient à l’époque où le style gothique achevait de se dépouiller des formes romanes qui avaient si longuement prévalu. Elle se compose d’une nef principale, autrefois terminée par une belle abside à pans coupés, et aux deux tiers de la nef, un transept qui donne à l’église la forme d’une croix latine. De chaque côté de la nef principale se trouve une nef latérale moins élevée qui se prolonge au-delà du transept pour former les chapelles.

La Guerre de Cent ans lui fit subir de gros dégâts. Brûlée en 1423 par les troupes de Jean Le Bon, ce serait de cette époque que date la disparition des voûtes. Le sanctuaire est dévasté par les troupes prussiennes en 1792. Une tempête endommage fortement le chœur en 1809.

Les 4 piliers qui le soutiennent indiquent, par leur énorme proportion, qu’existait là le clocher détruit par la Guerre de Cent ans.

Construite en gaize, matériau local peu résistant, l’usure des années obligea à de multiples restaurations. Le clocher primitif et toute la partie haute de la nef ont disparu. La nef a conservé de magnifiques chapiteaux. Les collatéraux ont conservé leurs voûtes.

En 1880 le général Maurice-Henri du Val, comte de Dampierre, regagne Hans son village natal avec le désir de rénover l’église. Les travaux débutent en janvier 1888.

En 1889, l’église, dédiée à la Nativité de la vierge, devient Notre Dame du Soldat.

Dernières restaurations en date :

– En 1976, intervention sur la charpente, la couverture et les  maçonneries altérées

– En 1996 reprise des murs gouttereaux et mise en place d’un réseau d’assainissement.

LES VITRAUX

L’église abrite un original et remarquable ensemble de vitraux patriotiques et commémoratifs de la guerre de 1870, perdue par la France devant les Prussiens.

Maurice du Val a fait réaliser les vitraux qui ornent les fenêtres par le maître verrier Gustave Duhamel-Marette d’Evreux.

Jean-Gabriel Marette, verrier et peintre-verrier comme son père, installe son atelier Evreux en 1844. En 1858. il s’associe avec un jeune artiste de 22 ans, Louis Gustave Duhamel, qui épouse sa fille. En 1865, à 57 ans, il se met en retrait ; la signature devient Duhamel-Marette. L’atelier ferme en 1914 suite au décès au front de Muraire, qui avait repris l’affaire au décès de Gustave. Une grande admiration pour le XVIe siècle et l’expérience de nombreuses restaurations dans les églises normandes ont déterminé le style «néo-Renaissance» de Duhamel Marette. Ses œuvres procèdent d’une technique traditionnelle, utilisant des verres teintés dans la masse selon une palette délicate judicieusement choisie en fonction de l’emplacement des vitraux.

En 1888 onze vitraux étaient en place.

Ces œuvres célèbrent la piété et le patriotisme grâce au symbolisme de scènes historiques. Après la défaite, le général de Dampierre désire valoriser des épisodes glorieux comme la défaite infligée aux Huns d’Attila en 451, ou l’ordre de retraite signée au château de Hans par Brunswick après la bataille de Valmy (1792). La baie dédiée à Notre-Dame de Hans, protectrice du territoire, montre ainsi un soldat de 1792 vainqueur d’un prussien, et un gaulois brisant le glaive d’un guerrier d’Attila.

Le style des verrières est adapté au sujet : médiéval, Renaissance ou contemporain selon l’époque des scènes représentées.

Duhamel-Marette s’est inspiré de toiles de peintres pour la représentation des scènes sur certains vitraux comme :

– La dernière pensée du soldat, d’après un tableau d’Alexandre PROTAIS, évoque «le dormeur du val», d’Arthur Rimbaud (octobre 1870) «C’est un trou de verdure où chante une rivière…». Ce vitrail synthétise tout ce que le général a voulu offrir à son église de foi chrétienne et de recueillement patriotique.

– La messe en Kabylie, d’après Horace VERNET, rappelle un épisode de la campagne d’Algérie à laquelle le général a participé, vitrail offert par la famille Heine, amie du général.

– La Vierge, imitée de Pierre MIGNARD dans la chapelle de la Vierge, lieu de sépulture de plusieurs membres de la famille du Val de Dampierre. Elle est posée en haut de l’ancienne forteresse de Hans, dans la baie de droite flotte l’étendard national.

On peut remarquer aussi les références à l’histoire locale et régionale, ainsi la verrière figurant la restauration de l’église par les habitants en 1206 et celle figurant Saint Alpin arrêtant Attila (fameuse bataille) , le baptême de Clovis à Reims.

En 1994, tous les vitraux de la nef et toutes les baies du chevet sont restaurés par l’atelier Jacques Simon de Reims.

Pour protéger les vitraux restaurés des agressions climatologiques et chimiques, après la fixation des grisailles et le nettoyage des verres, une double verrière a été mise en place. Cette double verrière est réalisée en verre blanc de 4 millimètres d’épaisseur, serti dans un réseau de plomb qui reprend fidèlement celui du vitrail auquel elle se superpose. La ventilation est assurée dans l’espace intermédiaire entre le vitrail et sa protection pour éviter toute condensation néfaste.

Une plaquette de 20 pages abondamment illustrées en quadrichromie a été réalisée par la municipalité de Hans pour présenter les vitraux.

 

ON PEUT AUSSI Y DÉCOUVRIR

– les chapiteaux où se mêlent décor floral et animalier ainsi que des têtes humaines

– les fonts baptismaux formés en marbre des Pyrénées, “par le baptême nous entrons dans l’église symbolisée par la barque de Pierre”, classés aux Monuments Historiques le 6 janvier 1970

– de nombreux ex-voto dans le collatéral sud. Des plaques de marbre noir, couleur de la mort, blanche, couleur de la pureté et rouge, couleur du sang versé dans les combats, rappellent le souvenir de nombreux militaires tombés pour la France

– à l’extérieur, côté sud, deux portes, l’une du début du XIIIe siècle avec Présentation au temple et l’autre du XVe siècle avec une Piéta mutilée.

 

DANS LE VILLAGE ET A PROXIMITÉ

– le monument aux morts, édifié par l’entrepreneur Jules Pierrard, fait l’objet d’une inscription au titre des Monuments Historiques de France depuis le 2 mai 2003

– le château, propriété privée ne se visitant pas, situé dans un parc à côté de l’église, est encore propriété des descendants de la famille du Val de Dampierre.

– la source érigée en fontaine publique, environ à 200 m de l’église. Placée autrefois sous l’invocation de Notre Dame des Marais, elle fut jusqu’à la révolution l’objet de grands pèlerinages pour la guérison de diverses maladies. Ils avaient lieu le 25 mars, jour de l’Annonciation. Elle alimente un lavoir à proximité.

 

Sources :

D’après L’Église de Hans par l’Abbé Jacquesson, Curé de Vitry-la-Ville – 6 mai 1891
Plaquette L’église Notre Dame du Soldat, Municipalité de Hans, 1996

Sites : https://www.lorangeriedevatimesnil.com/lhistoire/
https://monumentsmorts.univ-lille.fr/auteur/7423