
L’église actuelle a connu des remaniements importants, dû à ses fragilités structurelles. De petite taille, elle est de style roman, construite en gaize, roche siliceuse locale assez tendre et gélive. Elle a été édifiée sur un terrain marécageux et mal drainé. L’aspect intérieur que nous lui voyons aujourd’hui est bien éloigné de celui d’avant la grande rénovation des années 1960. A cette époque, les enduits sont rongés par le salpêtre, la pierre s’effrite. Il manque une grande partie des vitraux… Les premiers travaux, au début de 1962, furent le déblai du mobilier néo gothique très abîmé par l’humidité, le décapage intégral des parois, colonnes, chapiteaux, la dépose des vitraux, le traitement des bois de charpente et de la voûte.
Renouveau liturgique, dépouillement et œuvres d’art
Nous sommes en pleine période du courant de renouveau de l’Art Sacré, né après la Première Guerre et très vivant dans les années 1960. Il prône le dépouillement des églises et de la liturgie. Les murs, rendus à leur nudité, sont repeints de couleurs unies, les éléments architecturaux en pierre retravaillés. De nouveaux vitraux sont posés, des statues de belle facture installées.
Les artistes engagés dans ce mouvement veulent rompre avec le néo-médiéval ou le néo-classique dominant. Ils veulent renouer avec l’authenticité, utiliser des matériaux bruts, sans fioritures. Pour les vitraux c’est le retour au verre teinté dans la masse dit « antique », l’utilisation de verres imprimés comme le verre cathédrale, un réseau dense de plomb, des créations originales pour chaque commande, un graphisme épuré, des fonds non figuratifs, des inspirations plus symboliques…
Peintres et maîtres-verriers sont associés dans le processus de création qui porte ce renouveau du vitrail. Le plus souvent les peintres, formés aux Beaux-Arts, réalisent des cartons qu’ils font exécuter dans les ateliers verriers.
LES VITRAUX
Les vitraux du chœur furent posés à l’automne 1962, ceux de la nef à Pâques 1963.
Le chœur, formé d’arcatures en plein cintre portées sur des pilastres, est particulièrement remarquable. Les vitraux de Jacques Michel, de Paris, en verre triple ( deux feuillets de verre glace enrobant une feuille de verre antique), aux motifs géométriques simples mais éclatants, donnent un merveilleux rayonnement à ce volume très dépouillé.
Dans la nef, la lumière bleue est donnée par les vitraux en verre étiré de Philippe Royer, de Paris , très rythmés par leur simplicité. Il les a posés lui-même avec une technique innovante à l’époque, des joints en matériau synthétique ayant, à l’usage, mal vieilli. Les couleurs des vitraux ont été choisies avec Monique Gautier-Klaholz.
Le verre utilisé
La particularité de ces vitraux est d’utiliser et mettre en valeur de très beaux verres bruts, particulièrement dans le chœur. Il n’y a plus en France qu’une verrerie à fabriquer ce verre à vitrail dit «verre antique», encore soufflé à la bouche : la Verrerie St Just, dans la Loire, qui le fabrique depuis 1826.
La verrerie est filiale de St Gobain depuis 1921 ; elle est détenue à 100% par le Groupe depuis 1961, et, depuis 2007, elle est
labellisée « Entreprise du Patrimoine vivant ».
La Commission d’Art sacré de la Vallée de la Biesme
La construction de la Chapelle de St Rouin, les restaurations menées dans les églises des Islettes et Futeau, de l’ermitage de St Rouin ont été le fruit de la coopération de l’Abbé André Hannequin qui en fut l’âme, le promoteur et le financeur, d’une équipe de laïcs de la Vallée de la Biesme et d’horizons divers, fédérés par François Jannin, et des Compagnons de St Rouin, réunis et animés par le Père dominicain Serge Bonnet et Monique Gauthier-Klaholz.
Des expositions d’Art Sacré sont organisées à St Rouin : 1957 L’Art Populaire d’Argonne – 1958 La Vierge dans ‘Art lorrain et champenois – 1959 L’Art sacré aujourd’hui et demain.
En 1965, les « moteurs » de l’équipe ont jugé nécessaire de se doter d’une existence et d’une structure légales en créant la Commission d’Art sacré de la Vallée de la Biesme. Son objectif : Suivre les travaux dans les chantiers en cours et ceux à venir afin d’en « assurer la qualité technique, artistique et religieuse », aussi gérer les biens meubles et objets de culte déposés (dont nombre de statues par le Père Bonnet), à déposer et assurer un appui aux municipalités pour les travaux menés sur des immeubles cultuels et assurer entretien et animation du domaine de St Rouin. François Jannin en est le Président. La Commission s’étiola progressivement : les chantiers argonnais étaient menés à terme et une nouvelle association avait été créée pour prendre le relais.
ON PEUT AUSSI DÉCOUVRIR DANS L’ÉGLISE
– l’autel , taillé et posé en 1964, bloc de granit couronné d’une table de pierre de Savonnières
– les statues du chœur, en bois sculpté : un Christ du XVIIIe s., entouré des quatre Evangélistes, statues, du XIXe s. laissées en blanc;
– une Vierge à l’enfant, en pierre de Vaux-le-Vicomte, sur l’autel du bas-côté droit, sculptée par Monique Gautier-Klaholz, bénie en 1979;
– les statues en bois du XIXe s. sur les bas-côtés auparavant installées en hauteur sur des socles fixés sur les colonnes, ensuite restaurées et repeintes dans le style imagerie populaire par les Compagnons de St Rouin;
– le baptistère dont la cuve en pierre a été retaillée par les Compagnons ;
– le bénitier dont les éléments en belle pierre à coquillages proviennent de l’église de Bellefontaine, ruinée et abattue en 1964;
– le tympan sculpté, au dessus de la porte d’entrée à l’extérieur, portant la date de l’édification en chiffres latins MCCCLX (1860), une représentation de la Sainte Trinité surmontée d’une inscription également en latin : CARITAS AEDIFICANT soit « Edifiée par la charité ».
DANS LE VILLAGE ET SES HAMEAUX
– un bel ensemble de maisons typiques de l’architecture argonnaise qui marient un soubassement en gaize, de solides charpentes en chêne, du torchis recouvert
le plus souvent de bardages protecteurs, à Futeau et dans les hameaux de Bellefontaine et de La Contrôlerie
– les anciennes maisons de maîtres-verriers, à Courupt, La Contrôlerie, Bellefontaine.
– la fontaine en pierre et les vestiges du lavoir.
Sources :
– Le renouveau de l’art sacré dans la Vallée de la Biesme, François JANNIN, Horizons d’Argonne N°41
– La restauration de l’église de Futeau, Monique KLAHOLZ, Horizons d’Argonne N°41
– Publication du Centre d’études argonnais, Archives François JANNIN


