
La Chapelle
La chapelle actuelle a été construite de 1954 à 1961 à l’emplacement d’un ancien oratoire du XVIIe siècle. L’édifice a été réalisé selon les plans de l’architecte et dominicain Louis-Bertrand Rayssiguier, un élève de Le Corbusier.
Le Père Rayssiguier, pratiquait, en architecture, le cubisme. Une manière de traiter, sous formes géométriques simples les objets qu’il voulait représenter. Tenant compte des contraintes de l’environnement forestier, La chapelle témoigne de cette volonté de composer rigoureusement, sur la base du « nombre d’or », avec les matériaux bruts : béton, fer, pierre … et verre. Le bâtiment trapézoïdal, sur piliers en béton avec toit plat, est surmonté d’une flèche sur le toit et d’une croix en aluminium de sept mètres de haut.
Ses vitraux
Les vitraux au plomb ont été réalisés en 1959. Comme les formes asymétriques des ouvertures et du clocher, les arabesques courant sur le béton, la forme du gratte-pieds, ils sont la fantaisie apportée par la jeune Kimié Bando à la rigueur de la bâtisse. Elle anime l’aspect « décoffré brut » du béton.
« En effet, en acceptant d’être l’architecte, le Père Rayssiguier voulut s’assurer le concours d’une petite fille de 10 ans, née d’un père japonais et d’une mère française, étonnamment douée pour son âge en peinture. Elle dessina les maquettes des vitraux, juchée sur une plate-forme de fortune qui lui permettait de hausser sa petite taille jusqu’au sommet de l’ouverture des fenêtres, obturées par des feuilles de papier blanc juxtaposées. Elle traça, instinctivement, sans marquer la moindre hésitation, d’abord les ferrures, à l’aide d’un pinceau épais, puis les plombs, à l’aide d’un pinceau étroit, enfin elle marqua chaque case formée par les lignes des ferrures et celles des plombs, d’une touche de couleur semblable ou différente. Après quoi, confiant à son père et à sa mère et à moi-même le soin de remplir chaque case de la couleur indiquée, elle s’en fut jouer sous un arbre, à proximité de la chapelle avec son gros lapin blanc tenu en laisse.
De retour à Paris elle confia ses maquettes à l’Atelier Bony et compléta son travail en choisissant elle même, pour chaque teinte, le verre qui convenait.…
Kimié Bando, grâce à la composition d’ensemble non figurative de ses vitraux, et sous les rayons du soleil, a voulu transcender la lumière intérieure du lieu … De ses mains la chapelle est sortie plus vivante et plus joyeuse, plus humaine. »
Les ferrures et autres ornements métalliques ont été réalisés d’après ses maquettes par François Jannin, artisan du bois et du fer des Islettes, à l’origine du Musée du Verre d’Argonne.
Une fois posées, en l’attente de la pose du vitrail, ces ferrures ont brièvement transformé la sévère chapelle en un entrelacs lumineux de branches d’arbres et de métal souple. Les fines ramures du plomb ont ensuite, avec les verres de toutes les couleurs de l’arc en ciel, fait chanter le béton sur d’autres rythmes.
Après le décès brutal et prématuré du Père Rayssiguier, la fin du chantier et l’aménagement intérieur ont été menés à bien et réalisés par le sculpteur renommé Pierre Szekely : autel, porte, croix, confessionnal, sol, bénitier.
Bien que la géométrie sans concession de l’aspect extérieur puisse heurter certaines sensibilités, les visiteurs apprécient l’ambiance recueillie du sanctuaire, où le jeu savant des lignes convergentes ramène l’attention vers l’autel et la croix.
D’après les écrits de André Hannequin, Curé et Chapelain de St Rouin, enterré près de la Chapelle
publiés dans Horizons d’Argonne, Revue du Centre d’Eudes Argonnais, N°41, 1980
Saint Rouin, histoire et pélerinage
Si les villes de la Gaule ont été vite christianisées, nos campagnes, où s’étaient fixés des « barbares » venant de l’Est, étaient encore païennes au VIe siècle.L’Irlande, qui n’avait pas subi ces invasions, envoya des missionnaires pour les évangéliser. Parmi eux, Chrodingus ou Rodingus, né à la fin du VIe siècle, fut d’abord moine à l’abbaye de Tholey (en Sarre).
Cherchant la solitude et le recueillement, il vint s’établir avec deux compagnons en forêt d’Argonne, dans un endroit appelé Vaslogium (devenu plus tard Beaulieu et Waly) qu’il croyait désert. Mais le seigneur du lieu, Austresius (qui a donné son nom à Autrécourt), l’en fit chasser par ses hommes d’armes. Rouin entreprit alors un pélerinage à Rome, où sa mission lui fut confirmée. De retour en Argonne, il fut appelé par Austresius, dont la famille était tombée malade, et qui voyait là une punition divine. Il l’autorisa à édifier un monastère sur le promontoire de Beaulieu. De nombreux disciples vinrent l’y rejoindre.
D’après Richard de Saint-Vanne, chroniqueur du XIe siècle.
Vers la fin de sa vie, cherchant à nouveau la solitude, il se retira dans un vallon de la forêt où il demeura jusqu’à sa mort. Un pélerinage s’y établit, des miracles furent attibués à l’eau de la source voisine. Plusieurs chapelles s’y succédèrent, victimes des guerres fréquentes dans cette région frontière. Des ermites et des gardiens laïcs y subsistèrent jusqu’à la Révolution, où l’ermitage, propriété de l’abbaye de Beaulieu, fut vendu comme bien national.
L’abbé Aubry, curé de Futeau à partir de 1848, fut à l’origine de la renaissance du pélerinage. Avec l’aide des populations des environs, il racheta et aménagea la propriété, rétablit l’ermitage, et consolida la chapelle. Malheureusement, victime de la vétusté, elle finit par s’écrouler en 1946. Serge Bonnet, dominican, alors étudiant, et une équipe de jeunes, déblayèrent les ruines et réaménagèrent le bâtiment à partir de 1949. Répondant au désir des villages voisins, l’abbé Hannequin, curé des Islettes en 1950, entreprit l’édification d’une nouvelle chapelle.
Dans la «Cathédrale de verdure», à mi-pente en fond de vallon, a été remonté un retable du XVIIIe siècle, unique vestige de l’église abbatiale de Beaulieu, détruite à la Révolution.


