
Verrerie du Binois
XIe s. (?) – début du XVIIe s.
Productions : Gobeleterie (vaisselle de table) – Bouteilles – Verre plat – « Jolivetés »
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La verrerie du Binois.
C’est au printemps 1971, alors qu’un pré venait d’être labouré, que le site de la verrerie du Binois fut découvert. Les débris de verre , les tessons de poterie et de creusets mis au jour permirent rapidement d’affirmer que ce site n’était aucunement lié à la verrerie Du Granrut, à quelques centaines de mètres de là, qui avait fonctionné entre 1873 et 1937, mais qu’il lui était bien antérieur.
Il n’a pas été encore possible de fixer précisément le début de l’activité. La comparaison entre les débris découverts sur place, notamment de creusets, et ceux d’autres sites datés, permet de situer celui-ci- mais avec beaucoup d’incertitude – entre le 9ème et le 11ème siècle. Le Binois serait ainsi le plus ancien site répertorié en Argonne, hors l’époque gallo-romaine.
Ce site a été une étape du peuplement de la vallée avant la création de l’actuel village des Islettes au 15ème siècle. Ce n’est toutefois qu’en 1495 que le Four-en-Binois sera formellement évoqué, à l’occasion d’une autorisation d’exploitation délivrée à un dénommé Thierry Bigault.
Plusieurs ateliers se sont succédé, probablement jusqu’au début du 17e siècle.
Ses productions
L’inventaire des objets recueillis lors des fouilles montre une variété de fabrications qui ont dû se succéder, sans qu’il soit possible de dater précisément chacune de ces fabrications. Parmi les éléments retrouvés, on compte de nombreux fragments de gobeleterie (verres de table), de bouteilles, du verre plat (pour vitres) et des « jolivetés ».
Gobeleterie
Principale fabrication, elle ne peut être datée avec précision. Il y a une grande variété de types : coupes, verres à pied de différentes sortes, gobelets (ornés de côtes, de craquelures ou de gaufrage). Les pieds, relativement robustes, sont souvent retrouvés en assez bon état. Les coupes, plus fragiles, ne laissent souvent que des fragments.
A la période ancienne, la matière est de belle qualité, presque incolore, rarement teintée en bleu cobalt. Une quantité importante de tessons a une parfaite transparence et une couleur violacée (« verre améthyste ») Elle est probablement obtenue par des traces de manganèse, dit « savon des verriers », utilisé en petites quantités pour purifier le verre. Les objets sont en général soufflés en moule, ornés de côtes, facettes ou godrons.
Certains tessons d’un verre moins pur, de couleur vieux rose, sont plus anciens.
Bouteilles
A l’époque où fonctionnait le four, les bouteilles ne servaient que pour faire paraître à table les boissons, ou pour transporter de petites quantités de liquide. Elles étaient souvent minces et, pour les protéger, on les habillait de cuir ou d’osier. La forme était une sphère aplatie, au fond refoulé pour en assurer la stabilité. La finition du col était simple : chauffé au four après détachage de la canne.
Verre plat
En faible quantité, il est produit par le procédé « à disques » de 30 cm de diamètre.
Les « jolivetés »
Les « jolivetés » sont les éléments produits pour l’élégance de l’objet et le plaisir des yeux. Ils témoignent de l’habileté manuelle et du sens esthétique des « écuyers du verre ». Ce sont les anses de différentes sortes, du verre filigrané ou verre « murrhin » (assemblage de morceaux de couleur, d’influence italienne).Quelques fragments de verre étiré, filé et travaillé, de couleur améthyste, ressemblent très fortement à des parties d’un délicat bénitier de verre déposé au musée de Châlons-en-Champagne.
La vie sur le site
Les fouilles ont permis de repérer la disposition de quelques constructions et de mettre à jour des outils utilisés par les verriers ainsi que des fragments d’objets de la vie quotidienne. On a retrouvé, ce qui est rare, des morceaux de canne de soufflage et différents objets métalliques (clous forgés, cuiller, fer à mulet, outil à moulurer …) et une abondante moisson de céramique vernissée. Ce sont des céramiques à usage alimentaires mais aussi des creusets utilisés pour la fusion des matières vitrifiables.
Outils et techniques
Un creuset a pu être très patiemment reconstitué par le découvreur et archéologue du site, François Jannin, à partir de fragments (une centaine) découverts lors de la fouille. Il est présenté dans le musée-exposition des Islettes consacré au Verre d’Argonne.
Les nombreux et fort variés débris de creusets trouvés ici ont permis d’établir une typologie. Elle aide à dater et comprendre l’évolution des techniques de fabrication. Ainsi l’usage de creusets à parois très minces, renforcés d’un enrobage d’argile est un héritage de la période gallo-romaine. Ils sont similaires à quelques tessons des plus anciens creusets du four de Pérupt, verrerie forestière située à une dizaine de kilomètres d’ici.



